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Mon expérience au British amateur 2019

Il y a cinq ans, j’avais un petit rêve: jouer le british amateur à Carnoustie. Cinq ans plus tard, je jouais mon cinquième british amateur au terrain de golf Portmarnock en Irlande. Cela m’a fait constater la chance et l’opportunité de participer au plus vieux tournoi de golf amateur au monde. Pour la 124ème édition du championnat, la R & A (Royal and Ancient Golf Club de Saint-Andrews), le Portmarnock et The Island nous invitaient à compétitionner pour le célèbre trophée, mais surtout une invitation pour le tournoi des maitres, l’omnium des États-Unis et l’Omnium britannique. Rien de banal…

 

Arrivé un matin pluvieux à Dublin, trois jours avant le début du tournoi, le décalage horaire se fait instantanément ressentir… N’ayant pas atteint les plus hauts niveaux de mon sport et le porte-monnaie venant avec la réussite, cela signifiait que je n’aurais pas la meilleure nuit de sommeil… J’attendais patiemment mon sur-classement en classe affaire, mais le moment n’est malheureusement jamais venu… Donc, j’avais la chance de continuer l’amélioration de ma technique de sommeil assis à 90 degrés dans un espace restreint : on apprend toujours.

 

J’avais planifié intelligemment une petite sieste à mon arrivée afin de recharger les batteries et pratiquer en après-midi. Ma sieste de 2 heures s’est toutefois transformée en cinq, preuve de ma fatigue, et il était maintenant temps d’aller voir le terrain et pratiquer !

 

Après une bonne nuit de sommeil, la routine avant-tournoi débutait : ronde de pratique en matinée, enregistrement avec la R & A, une autre bonne nuit de sommeil, deuxième ronde de pratique et la cérémonie d’ouverture avec la tradition du Rôti de Porc ou “Hog Roast.” En effet, les britanniques et les irlandais adorent leur “hog roast” et il fallait se dépêcher pour réserver une place dans la salle à diner intérieure puisque la météo irlandaise a interrompu les festivités extérieures. La pluie et le froid ont vite amené les compétiteurs, les membres et les organisateurs à se rassembler à l’intérieur pour apprécier le discours de bienvenue en Anglais et en Galic, la langue irlandaise. Sur ce, il était temps d’aller se coucher puisque la journée du lendemain allait arriver très rapidement.

La première ronde

 

J’avais l’honneur d’être le premier départ à 7:00 et d’amorcer la compétition au terrain de golf The Island. Et si vous vous posez la question, oui j’étais plutôt nerveux ! Le vent et le froid étaient présents en ce lundi matin rien pour faciliter le terrain irlandais où les erreurs sont souvent coûteuses.

 

Mon début de partie fut difficile et ma fin de parcours le fut également. Une journée difficile et décevante. Tout athlète vit de tels moments. Traverser l’atlantique et commencer avec un 78 (+7), malgré mon positivisme de nature, la frustration et la déception étaient ressenties. Qu’est-ce qu’on fait dans ce temps-là ? Ma réponse fut de m’éloigner du terrain de golf pour l’après-midi, de prendre le temps de réfléchir en marchant sur la côte irlandaise, de me reposer et de penser à autre chose, bref, me ressourcer.

 

Sage soit-il, lorsqu’un athlète ne réussit pas comme souhaité, il veut toujours travailler plus fort  pour régler le problème. C’est une réponse naturelle et instinctive. Toutefois, la meilleure chose pour moi était de vaincre cette impulsion et de reprendre des forces.

The Island #1

La deuxième ronde

 

Rien à perdre. Nous n’avions rien à perdre, donc pourquoi ne pas s’amuser et affronter ses peurs ? Voilà les deux objectifs de la journée puisque nous avions tout à gagner !

 

J’avais l’occasion d’affronter ma peur dès le premier trou : un hors-limite à la droite et des petites trappes de sable à la gauche tout ça avec un vent contre. Tous les golfeurs ont certains démons, je me retrouvais face à un des miens. Donc, j’ai décidé d’y aller le tout pour le tout: sortir mon bois no.1, déjà en paix avec le résultat quel qu’il soit.

 

Le résultat ne fut pas le plus satisfaisant et je frappais mon premier coup dans une des célèbres et impardonnables fosses de sable du Portmarnock. La normale qui a suivi donna le ton à une journée de guerre et de combat contre le terrain de type links. Un oiselet enchaina puis un autre au quatrième trou, ce qui mettait en scène un bon départ !

 

La bataille ne faisait que commencer puisque les deux derniers trous du premier neuf ne me laissaient aucune chance et je perdais le momentum de mon bon départ. 37, soit la normale sur le premier neuf trous. Il restait beaucoup de travail à faire.

 

Sans trop comprendre la raison de cette cinquantaine de spectateurs qui suivaient notre groupe depuis le début de la partie, j’ai demandé à mon partenaire nord-irlandais Tom McCibbins s’ils connaissaient ces gens. Humblement, il me répondit que non. Toutefois, j’ai rapidement compris qu’il venait d’Hollywood en Irlande du Nord, et qu’il pratiquait au même terrain que Rory McIlroy à ses débuts. Tom venait de la même ville natale que Rory et ces nombreux passionnés de golf.

 

On se transporte avec 3 trous à jouer. J’ai continué à batailler pour me retrouver à -1 pour la journée. À ce point, j’ai besoin de 1 ou 2 oiselets pour faire la coupure. Le 16ème trou est un par 5 de 610 verges et nous avons le vent dans le dos. Je suppose que l’expérience m’a fait prendre la bonne décision puisque j’ai plutôt opté pour un fer 4 sur le tertre de départ, enchainé d’un fer 6 et d’un wedge à 5’ pour réussir un oiselet que je qualifierais de crucial !

 

Maintenant, la partie de plaisir commence… les deux derniers trous sont les plus difficiles du terrain. Deux normales quatre de 450 et 480 verges avec un vent dans le nez. Le travail est loin d’être terminé.

 

Concentré comme un chirurgien sur la table opératoire, je réussis à convertir un oiselet de 12’ au 17ème trou. Je croyais en mes chances plus que jamais. En marchant vers le tertre de départ du 18ème trou, j’étais excité de jouer le dernier trou de la journée, mais également réaliste quant à la difficulté du défi. C’est le trou le plus difficile du terrain. Le foin est haut et dense du côté gauche de l’allée et trois petites fosses de sable arborent le côté droit. Il est impératif de frapper un coup de départ parfait pour se donner un deuxième coup au vert d’environ 200 verges. La balle quitte la face de mon bâton 5 à 10 verges plus à droite que prévu. Malgré la trajectoire, je crois sincèrement être dans l’allée juste un peu à gauche de ses trous noirs. La marche vers ma balle est assez longue et, étant dans une vallée, il était impossible de voir le résultat final de mon coup de départ. C’est avec « sérénité » que je constate ma balle appuyée sur le côté de la fosse de sable. C’est automatique, mon seul objectif est de me sortir du pétrin et espérer sauver la normale…

Maintenant sorti de mon calvaire, j’exécute un bon coup de fer 7 à 16’ de l’objectif. Tout est encore possible pour sauver la mise.

 

À ce point, il n’y a plus rien à perdre. Tu fais le roulé et tu fais la coupure. Rien de plus simple. Tu le manques et tu te mets entre les mains de la chance. Je prends le temps de lire le roulé de tous les angles et je pense avoir trouver la bonne ligne. Je prends une bonne respiration, me concentre sur ma ligne et je frappe mon coup.

 

Je manque de peu, mais le mal est fait. Maintenant il faut attendre environ quatre heures et espérer. Mon surnom est « Rev » sur l’équipe nationale, le moment était donc approprié pour faire quelques prières.

 

Le premier texte de mon père après la partie : « tu as le don de rendre ça intéressant… »

Honnêtement, je croyais malgré tout en mes chances.

 

Le temps passe et l’après-midi file… Je me rapproche du Top 64, mais au bout du compte je reste à court et termine T78 manquant la coupure d’un coup.

 

En cinq participations au British amateur, j’ai manqué la coupure par 1 coup à deux reprises. La première étant à ma première participation à Carnoustie en 2014. La beauté de ce tournoi est la partie match play du tournoi, où tout est possible et n’importe qui peut gagner ! J’ai eu la chance de jouer dans la deuxième phase du tournoi à deux occasions et ce sont des expériences phénoménales.

 

Même si une bonne pinte de Guinness m’a amené un peu de réconfort, un athlète est toujours déçu de ne pas avancer dans le tournoi. Je ne suis pas déçu de mon boguey au 36ème trou, mais de ma première ronde où j’aimerais certainement revoir quelques coups… Il est inutile de s’attarder au passé puisque nous ne pouvons rien y changer.

 

Le British amateur reste un test de patience où la stratégie remporte régulièrement sur l’agressivité. Le vent protège le terrain et les erreurs de timidité coûtent chers. Il y a toujours un peu de chance dans un tournoi comme celui-ci où la différence entre un bon temps de départ et un mauvais peut être énorme. En conclusion, la force mentale et le contrôle de ses émotions sont gage de succès sur les terrains si difficiles de la Grande-Bretagne et de l’Irlande.

 

Je souhaite à tout le monde la chance de jouer au golf là-bas au moins une fois dans leur vie.
C’est une expérience inoubliable !

 

Je vous souhaite le meilleur,

 

Bonne Saint-Jean-Baptiste et Bonne fête du Canada,

 

Joey

Portmarnock vue du #14

The Island normale 3 difficile. Mon partenaire de jeu a fait un trou d’un coup pendant la ronde de pratique.